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Privatisation des radars embarqués : la tonte de trop ?

Le mouton n’est pas un animal stupide. Son Q.I le place même dans le peloton de tête des mammifères les plus intelligents. Il est juste un peu fataliste. Il aime les habitudes et s’en accommode. Lorsqu’il est jeune, le mouton n’aime pas se faire tondre. Il faut dire que l’opération est douloureuse. L’animal résiste, se rebiffe, se rebelle. Puis en grandissant, il s’y fait. Et n’oppose finalement plus aucune résistance au tondeur satisfait.

Cette introduction animalière n’est pas hors de propos. Depuis quelques jours, l’Etat expérimente en Normandie de nouvelles voitures équipées de radars embarqués qui circuleront dès septembre prochain sur nos routes. Jusqu’ici, on connaît. L’innovation, c’est que la conduite de ces véhicules sophistiqués doit être bientôt confiée à des sociétés privées. Un appel d’offre a été officiellement lancé en ce sens. Inutile de préciser que la société qui l’emportera mettra ses propriétaires à l’abri du besoin pour les 100 prochaines générations.

Mais pour que ces entrepreneurs malins puissent se gaver, il va falloir nous tondre. Et cette fois, il ne restera pas une bouloche. Car en confiant ces maraudes sonnantes et trébuchantes à des entreprises, l’Etat compte bien lui aussi retrouver ses petits. Rendez-vous compte : nos gouvernants bienfaiteurs se sont aperçus que les radars embarqués n’étaient utilisés qu’en moyenne une heure par jour par des forces de l’ordre débordées. Ainsi privatisés, les lasers pourront pointer à plein régime, leurs chauffeurs étant rémunérés au temps passé à les faire fonctionner, c’est-à-dire au rendement.

Je ne m’étendrai pas sur l’absurdité d’une telle délégation de service public, que je contesterai fissa avant que l’Etat ne confie les tribunaux à des juges Uber. Je ne disserterai pas davantage sur ces nouveaux radars embarqués qui châtieront dans tous les sens, mais qui nous offriront par ailleurs de nouvelles opportunités de faire annuler les PV (j’y reviendrai dans un prochain article).

A cet instant, c’est juste un profond sentiment de dégoût que je souhaite exprimer. Une nouvelle limite est atteinte : le pillage institutionnel des automobilistes devient un pillage industriel. Méthodique, organisé, rémunéré. Du chiffre, rien que du chiffre. Fini le temps de l’hypocrisie où l’alibi de la sécurité était invoqué pour nous faire passer à la caisse sans broncher. Cette fois le message est clair : roule, paye, et tais-toi.

Comme souvent, les protestations isolées n’ont aucun impact. L’association 40 millions d’automobilistes (qui m’a confié en tant qu’avocat la défense de certaines de leurs actions) vient donc de lancer une inédite « manifestation numérique » pour contrer le projet. Un clic suffit pour venir grossir le rang des 400.000 manifestants déjà rassemblés. En ces temps électoraux, où chaque voix comptera, faites de vôtre bulletin un cri de rage. Une tonte de plus, c’est le risque d’une tonte de trop. Car même amadoué, le mouton docile n’est pas à l’abri de réveiller un jour ses instincts de jeunesse.

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